L'Egypte et ses Animaux
En 1982, je suis parti en
Egypte afin d'y trouver une nouvelle inspiration ; j'ai ainsi étudié la culture de ce
pays dont les conventions artistiques m'étaient complètement inconnues. Je me suis
particulièrement intéressé aux travaux réalisés par les artistes sur les tombeaux ;
Ces artistes avaient l'art de mettre en avant les animaux sauvages, les oiseaux et les
poissons. De même, les peintures qui représentaient des hommes ayant vécu plus de 4.000
ans plus tôt, semblaient danser sur les murs de grès. Toutes ces oeuvres illustraient un
mode de vie que l'on retrouve aujourd'hui le long des berges du Nil.
L'art égyptien n'est pas fondé sur des règles scientifiques
telles que la perspective, mais sur la facilité de reconnaissance. Contrairement à l'art
occidental, les murs n'étaient pas une surface utilisée pour créer des illusions, mais
plutôt un endroit pour y présenter des diagrammes magiques. L'objectif de cet art était
de transmettre les informations nécessaires - et justes - pour permettre de réaliser une
transition dans la vie future avec succès. Ainsi, les objets sont décrits dans leurs
aspects les plus caractéristiques. Par exemple, les crocodiles sont toujours
représentés de profil, alors que les lézards sont dessinés du dessus. Ceci s'explique
par la différence de la taille de l'animal et de l'angle duquel on le regarde
habituellement.
J'ai dessiné au crayon de papier sur une feuille de canson les
peintures et les gravures en relief que j'ai observé afin de les reproduire en eau-forte
à mon retour en Angleterre. Les eaux-fortes étant un procédé de peinture par érosion
du métal lorsque celui-ci est en contact avec un acide, c'était la méthode la mieux
appropriée pour reproduire le phénomène de désagrégation de la pierre gravée et
usée par le temps. Ces anciens maîtres sont devenus mes professeurs et plus tard,
lorsque je me suis familiarisé avec leurs conventions artistiques, j'ai commencé à
réaliser des gravures qui ne ressemblaient en aucune façon à celles que j'avais
précédemment composé.
Quelques années après mon voyage sur le Nil, je suis parti faire
un safari au Kenya. Le choc que j'ai ressenti face à ce pays aussi spectaculaire, peuplé
d'une variété infinie d'animaux luttant pour la vie et contre la mort, m'a laissé
stupéfait devant de telles merveilles : Le mont Kilimanjaro - avec son sommet enneigé
surplombant les nuages, la vallée "Great Rift" - si vaste que l'on peut
l'apercevoir de l'espace, le lac Naivasha - regorgeant de millions de flamands roses, et
le Serengeti - avec ses animaux d'élevage et ses prédateurs ; toutes ces merveilles
étaient surprenantes. Le drame perpétuel de la vie contre la mort qui s'y déroulait
était tellement prononcé qu'en comparaison l'Angleterre semblait être un monde de
poupées irréel. C'est à ce moment que j'ai réalisé que le monde était, dans des
proportions égales, violent et superbe à la fois.
Mark Millmore R.E.
